mercredi 24 février 2021

Reportage / Franck Soler / dansmarue.blog

Benoît Galifer vit sa deuxième vie d’artiste-peintre dans son atelier du 23 de la rue de la Valfère. Après une brillante carrière de chirurgien pédiatrique, chef de service au CHU de Montpellier, il reprend les pinceaux abandonnés un demi siècle auparavant pour reconquérir les rêves passés de son enfance. Portrait d’un homme discret au parcours singulier. Vu depuis la rue, l’atelier ne paye pas de mine. À l’intérieur, tout en longueur, le local dévoile à peine l’intimité de l’artiste. Les travaux ont chassé la plupart des toiles. Il y en a une, gigantesque, timidement posée par terre contre le mur : un paysage anonyme, reliefs sombres écrasés par un ciel tourmenté. Au fond de l’atelier, le désordre rassure et laisse imaginer le travail du peintre. Tubes et pots de peinture, pinceaux, couteaux, palettes et rouleau de sopalin décorent l’espace ouvert sur une petite cour intérieure, source de lumière. C’est dans cet atelier que Benoît Galifer peint, librement et sans contrainte. Son inspiration profonde lui vient de l’enfance, Arles, sa ville nourricière. Et ses « maîtres » – Courbet, Van Gogh, De Stael, Rothko, Loste – lui donnent le souffle créateur qu’il faut. « Je fais une peinture onirique, entre l’abstrait et le figuratif. Je peins les trois éléments, terre, air et mer, le régionalisme et les villes du monde. ». La peinture acrylique lui va bien « parce qu’elle sèche vite ». L’artiste est un autodidacte. L’absence d’académisme, c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Il expose peu, n’aime pas le snobisme des galeries et préfère vendre ses toiles « en direct ». « Je peins librement, sans aucune intention. » Benoît Galifer habite la Valfère. Les après-midis, il n’a que quelques mètres de rue à descendre pour arriver à son atelier. Cette rue, un trait d’union entre ses deux mondes, lui inspire une forme de confiance et d’espérance. « La peinture est un exercice solitaire. Si la rue est conviviale, ça me convient. Je sors la tête et je vois Fatima qui est en face. On se dit trois mots et puis voilà ». C’est vrai que la seconde vie de l’artiste, après celle « mondaine » du chirurgien pédiatrique reconnu, est plus tranquille. L’Arlésien pur sang, fils d’ouvrier, est devenu médecin « par raison » alors que sa passion était ailleurs. Un choix douloureux pour lui qui avait commencé à peindre à 6 ans, dans le talentueux sillon de son arrière-grand-père. Coupé de la peinture pendant 50 ans, il se lance dans l’humanitaire par bienfaisance autant que par défi. Chirurgien d’enfants en Irak, Afghanistan, Palestine, Togo, Cambodge, Vietnam. l’homme se fait violence. Comme pour justifier son « temps (pas) perdu », ce choix d’avoir « abandonné » ses rêves d’artiste aussi longtemps qu’il a été utile à opérer les enfants malades ou malformés. À 68 ans, la nouvelle vie de Benoît Galifer artiste-peintre commence comme un grand saut : « J’ai sauté en parachute. Du jour au lendemain, je n’étais plus chirurgien ». Son aventure créative commence avec son « mentor », Théo Rigaud, peintre et arlésien comme lui. « L’art, c’est la liberté. » L’homme est devenu libre dans la profondeur de son local comme dans la longueur de sa rue. Cette rue de la Valfère, il l’aime. « Ce n’est pas une rue active. Mais elle est en train de trouver une identité artistique et artisanale. » Benoît Galifer a dépassé son rêve, celui de bien vieillir, en s’offrant une deuxième vie. Il est désormais « en roue libre », animé d’une discrète liberté faite de partage et de curiosité.